Retouvez ici l’interview donnée à 76 Actu

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Fabien Massin, 76actu  :Vous vous êtes déclaré candidat à la mairie de Rouen en septembre : comment et pourquoi, cette fois-ci ?
Jean-François Bures : Ma candidature est directement liée au sondage commandé par Hervé Morin, président de la Région Normandie, qui visait à déterminer le candidat de la droite et du centre. J’ai participé à ce sondage à sa demande, avec cet engagement écrit de respecter le résultat. Les Rouennaises et et les Rouennais m’ont placé en tête, en termes de notoriété, de popularité, d’intention de vote etc. Quand le résultat a été rendu public, avant l’été, je ne me suis pas précipité. Je suis de fait le chef de file de la droite et du centre, mais je souhaitais discuter, voir quels sont les partenariats possibles, pour concevoir l’alternance à Rouen. Puis, en échangeant avec mes collègues du groupe d’opposition municipale, que j’anime, je me suis dit qu’il fallait avancer, qu’on ne pouvait pas attendre les investitures des uns ou des autres. J’ai eu le sentiment qu’on ne parlait plus du fond, or ce qui m’intéresse ce sont les idées, la vision, le projet pour Rouen, sur lequel je travaille depuis bientôt six ans.

Mais aujourd’hui Hervé Morin soutient Jean-Louis Louvel ?
Effectivement, c’est ce que j’ai vu. Je n’ai pas eu le loisir d’approfondir le sujet… Mais j’étais très favorable à ce sondage, c’était une excellente idée pour éviter des rivalités stériles. J’ai vécu la division de la droite et du centre en 2014, je trouvais que c’était vraiment envoyer un message fort aux Rouennais.

Sauf que désormais il y a « embouteillage » à droite et au centre, avec les candidatures déclarées de Marine Caron et Jean-Louis Louvel…
Attention à ne pas dire que La République En Marche, c’est forcément la même chose que la droite et le centre. Nous sommes issus de parcours différents, moi j’assume parfaitement être depuis une dizaine d’années à l’UMP puis chez Les Républicains.
Dans mon projet, il y aura des marqueurs de droite qui pourraient ne pas être assumés par des gens issus de la République En Marche. Mon binôme au Département [Marine Caron, Ndlr] a décidé, premièrement, de ne pas participer au sondage, puis de ne pas attendre les résultats de la commission d’investiture de LREM pour se positionner. Moi je n’ai pas demandé l’investiture de la République En Marche, cela fait une différence fondamentale. Je respecte son choix, cela ne change rien au travail que l’on peut faire au quotidien ensemble, dans la même majorité au Département de Seine-Maritime. C’est quelqu’un qui s’implique fortement au Département, je respecte son parcours.
Deux candidats ont demandé le soutien de la République En Marche, et c’est Jean-Louis Louvel qui l’a obtenue : aujourd’hui est-ce que Marine Caron souhaite rejoindre Jean-Louis Louvel ? Est-ce qu’elle souhaite continuer ? Je ne sais pas.

Vous pourriez aussi lui demander de vous rejoindre… Que lui dites-vous ?
De faire le bon choix ! (rires) Pour l’intérêt des Rouennais, évidemment, ce qui importe, c’est qu’il y ait une possibilité d’alternance. Aujourd’hui, on se parle, mais c’est une décision intime, ce serait présomptueux de ma part de vouloir l’influencer.

Et Jean-Louis Louvel, quel regard portez-vous sur sa candidature ?
Il a été président de Rouen Normandy Invest, moi je préside Seine-Maritime Attractivité : nous avons eu l’occasion d’échanger sur le développement économique, l’attractivité du territoire et le rayonnement de la ville, et là, on partage vraiment beaucoup de choses. Nous sommes en démocratie : un entrepreneur, président de club de rugby et patron de presse peut tout à fait apporter sa pierre à l’édifice, avec sa vision d’entrepreneur.
Après, les sujets municipaux sont vraiment très vastes, il ne faut pas qu’il s’attende à parler d’attractivité à longueur de journée. Le quotidien d’un maire, c’est beaucoup d’autres choses. Cela ne peut pas se résumer à une vision, si bonne soit elle, de l’attractivité. Jusqu’à présent, Jean-Louis Louvel a été accaparé par cette histoire d’investiture LREM, qui était très importante pour lui, et par le fait d’attirer des gens pour constituer une équipe. C’est l’avantage et l’inconvénient, quand on n’a pas de base arrière. Moi, je travaille avec des gens depuis des années, j’ai déjà constitué une liste. C’est le fruit de l’expérience, cela permet de passer plus vite sur des choses qui sont de l’ordre de l’intendance, pour être plus vite sur l’essentiel, c’est-à-dire ce que l’on veut porter pour la ville.

Pas de doute, vous serez donc candidat…
Dans l’ordre : je suis né à Rouen, mes enfants y grandissent, j’ai été candidat en 2014, finaliste contre Yvon Robert, en triangulaire avec le Front National, que j’ai perdue à 1 500 voix près. Je suis animateur de l’opposition municipale, de droite et centre, je suis élu au Département, en tant que vice-président et un sondage me place en tête. Je ne me sens pas moins légitime que les autres… Si le sondage avait dit que je n’étais pas la bonne personne, j’aurais accepté le résultat, pour ne pas créer de la désunion. Je ne suis pas jusqu’au-boutiste.
Mais je suis issu d’une famille politique où l’on aime bien se confronter aux électeurs et voir si ce que l’on propose correspond aux attentes. Les municipales, c’est à la fois une capacité à incarner une fonction, et là c’est toujours très mystérieux, une capacité à proposer une vision, un projet qui fait la différence, et puis naturellement, à un moment donné, c’est essayer de rassembler tous ceux qui peuvent porter les mêmes idées. La différence fondamentale avec 2014, c’est qu’il y avait deux candidats au premier tour, un à droite (UMP), et un centriste [Patrick Chabert, de l’UDI, Ndlr], vraiment issus de la même famille. C’était compliqué pour les Rouennais de s’y retrouver. Alors là, qu’il y ait un candidat LREM et un candidat de la droite et du centre, cela ne gêne pas forcément. Une chose très importante dans la motivation de ma candidature est : pour celles et ceux qui voudraient une alternance à la majorité PS-Verts-PCF, peut-on proposer autre chose que La République En Marche et le Rassemblement National ?

Comment allez-vous organiser votre début de campagne ?
Dans les prochaines semaines, une partie de mon projet sera dévoilée, sous la forme d’un document que je vais soumettre aux Rouennais, avec de premières propositions réparties en cinq thématiques. Certaines sont évidentes, autour de l’environnement, compte-tenu, de plus, du contexte de Lubrizol qui nous oblige à réfléchir.

Justement Lubrizol, comment avez-vous vécu les choses ? Comment envisagez-vous l’avenir ?
Comme un Rouennais qui a été réveillé par les explosions, et dont les enfants attendaient de savoir s’ils devaient aller à l’école ou pas. Ce qui m’a frappé, c’est le déficit d’information et de communication, le fait que personne ne sache que faire en cas d’accident. Face à cette marée noire du ciel, c’était traumatisant, et je comprends que les Rouennais aient été vraiment en colère, de voir que l’on n’ait pas pris mieux soin d’eux pendant toute cette phase – je ne remets évidemment pas en cause le travail des pompiers, qui ont été extraordinaires. Maintenant je suis très clair sur la suite : au-delà des aspects sanitaires – je souhaite évidemment que tous les protocoles de sécurité et d’information soient débattus au plus vite – je préconise que l’on rouvre le dossier de l’écoquartier Flaubert toute affaire cessante.

Vous êtes pour geler le projet ?
Pas du tout : je suis pour ré-interroger cette enquête publique, qui à l’époque avait complètement sous-estimé le risque industriel. Incroyable ! Quand on la lit, on croit rêver. Les risque internes, dans l’usine, avaient été bien évalués, mais à aucun moment on s’est dit que l’accident pouvait dépasser les murs d’enceinte du site. Dans cette enquête, un riverain pose une question, « et si il y avait un accident à l’usine Lubrizol ? », dont on n’a pas fait plus de cas ensuite. Quand on voit ce qui s’est passé, cela parait absolument fou.
Le prochain maire devra se saisir du dossier immédiatement. En fonction des conclusions de cette enquête, si l’on aboutissait au constat que la cohabitation entre l’écoquartier et Lubrizol n’est pas possible, alors je demanderais à Lubrizol de partir. Il est hors de question que le développement de la ville soit bloqué. On mettrait un coup d’arrêt à cette dynamique, du développement de la ville vers l’ouest, pour un site industriel ?

Sans dévoiler votre projet, à votre avis, sur quels thèmes l’élection va-t-elle se jouer ?
L’environnement était déjà, avant Lubrizol, un sujet majeur. À chaque élection municipale, il y a des sujets qui surnagent. En 2014 on parlait d’autres choses, on était beaucoup sur le développement économique et l’emploi. Sur l’environnement, il sera très intéressant de voir ce proposeront les candidats, de voir la lecture qui peut en être faite à l’échelle municipale. Car on verra forcément de vraies différences, entre les Verts et la droite, par exemple. D’un constat semblable sortiront des propositions différentes, parce que nous sommes issus de familles politiques différentes.
Un autre sujet qui m’est cher, c’est le rayonnement de la ville, qui vient s’imbriquer avec ce qui s’est passé à Lubrizol, d’ailleurs. Je vais également travailler des sujets comme l’enseignement : les communes sont en charge des écoles et j’ai des propositions à faire dans ce domaine. Je ferai aussi des propositions en matière de fiscalité.

Comme opposant, quel regard portez-vous sur ce mandat qui s’achève ?
Sur le volet environnemental, pour revenir à cette thématique, je suis surpris parce que très peu de choses ont été faites. Sur des sujets comme la fiscalité, la sécurité, la politique de la ville, les relations calamiteuses avec la Métropole ont été un frein majeur. Des conflits larvés au sein de la municipalité ont bloqué le développement de la vidéo-protection. C’est quand même le premier devoir qu’on a auprès de nos concitoyens : leur assurer la sécurité. Il y a eu aussi des décisions symboliquement très fortes : l’engagement de l’actuelle équipe de ne pas augmenter les impôts en 2014, pour finalement le trahir en 2016. Cela a eu une résonance forte ; à l’époque moi j’avais quitté le conseil municipal, avec le groupe. J’avais déclaré : « C’est terrible, ce que vous faites, c’est dégrader la parole publique. » La seule chose que nous avons vécue ensemble pendant ce mandat, et là nous sommes absolument d’accord, c’est la défense de nos valeurs républicaines : là, je pense aux moments de rassemblement après les attentats de Charlie hebdo et du 13 novembre 2015. Cela a été des moments forts entre élus de tous bords.
D’autres aspects ont été vraiment réussis, comme Cœur de Métropole et le réaménagement des quais rive-gauche, là aussi facteur d’attractivité fondamental. Cœur de Métropole ne suffit pas, mais c’est une première étape à la hauteur des enjeux.

Est-ce que le maire doit être nécessairement président de la Métropole ?
Je pense que cela lèverait une ambiguïté : j’y suis plutôt favorable, sans être catégorique. Si je deviens maire, je serai candidat à la présidence de la Métropole. Mais tout dépend du partenariat que nous pouvons construire. La difficulté majeure de la Ville par rapport à la Métropole pendant ces six ans est que certes des compétences se sont évaporées vers la Métropole, mais dans le même temps, la Ville de Rouen n’a pas été force de proposition. En tout cas, si je devenais maire et président de la Métropole, j’en profiterais pour fusionner les directions et les cabinets de deux collectivités. Cela ferait des économies, et cela permettrait de fluidifier les relations.
Soulignons également que la relation se joue aussi avec la Région et le Département : Cœur de Métropole en est un très bon exemple, parce que la moitié du financement provient du Département et de la Région. C’est ce qui a permis d’avoir ce levier puissant de plus de 30 millions d’euros investis dans la valorisation des espaces publics.

Votre équipe est-elle déjà constituée ?
D’ores-et-déjà, j’ai plus de monde que Jacques Chirac en 1994 (rires). De ce côté-là, le projet se construit de manière collective, sur la base des gens qui me suivent, d’horizons très divers – pas du tout dans une logique de parti -, et naturellement entouré de mes collègues de la mairie, qui ont l’expérience. C’est l’avantage d’être là depuis quelques années, les gens viennent me voir spontanément. Je me laisse encore du temps.
La liste c’est 55 noms, je ne suis pas pressé. Je sais que je vais pouvoir monter ma liste, ça n’est pas un sujet. Elle sera arrêtée en fin d’année.

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