“Entreprendre” : l’interview

“Entreprendre” : l’interview

Jean-François Bures a été interviewé pour le magazine Entreprendre du mois d’Avril.

” Vice-président du département de Seine-Maritime, Jean-François Bures a débuté sa carrière professionnelle comme chef d’entreprise, à l’âge de 24 ans. Jusqu’en 1997, ce spécialiste du marketing accompagne la communication audiovisuelle de quelques maisons prestigieuses, comme les chocolats Ferrero, avant de rejoindre le groupe Kinnarps, premier fabriquant européen de mobilier de bureau, dont il développe les filiales en France mais aussi en Espagne, en Suisse et en Belgique. Il adhère à l’UMP en janvier 2005 et consacre aujourd’hui l’essentiel de son temps à la politique.”

«Je suis de droite. Au moment où le populisme qu’il soit assumé ou bobo entretient l’ambiguïté à des fins électoralistes, il est utile d’annoncer la couleur»,  déclare ce quinqua chaleureux, qui brigue actuellement la députation dans sa bonne ville de Rouen.

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement politique ?

La passion pour mon territoire, Rouen en particulier. J’y suis né, j’y ai grandi, j’y habite avec ma famille. J’ai commencé par m’impliquer dans la vie associative. Une belle opportunité s’est ensuite présentée avec les municipales de 2014, lorsqu’Antoine Rufenacht m’a demandé d’y aller. Cette magnifique campagne s’est malheureusement terminée en triangulaire, avec le FN et le PS. J’ai perdu à 1500 voix près. Le tournant s’est fait à ce moment-là. Je me suis dit que c’était un carrefour de vie. Quelque temps après, nous avons eu les départementales.
J’ai gagné sur le premier canton de Rouen. On m’a alors confié la vice-présidence de Seine-Maritime, en  charge du développement économique, de l’emploi et du tourisme.

Quels sont les principaux défis auxquels vous avez été confronté depuis ?

Il a d’abord fallu s’habituer au fonctionnement  d’une administration de 5600 agents, avec un budget de 1,8 milliard d’euros et 1,3 milliard de dette… Quand on est issu du monde de l’entreprise, même de taille importante, on a un mode de fonctionnement, des codes et un rapport au temps qui sont très différents de ceux de l’administration. Même si elle regroupe, il faut le souligner, beaucoup d’expertise, beaucoup de talents et une vraie idée du service public, il y a aussi une inertie absolument phénoménale. Mais le véritable défi auquel j’ai dû faire face a été la loi NOTRe (Nouvelle Organisation Territoriale de la République), qui est une réforme du périmètre de compétences des collectivités. Il s’agissait de mettre un peu d’ordre dans le  millefeuille administratif, qui ressemble plutôt à un pudding, d’ailleurs, pour filer la métaphore pâtissière. Au 1er janvier 2017, tout ce qui relève des compétences économiques a basculé vers la région. Cela étant dit, il y a le cadre et puis l’interprétation qu’on peut en faire. Plutôt que de fermer l’Agence de développement de Seine-Maritime, j’ai choisi de réorienter son action vers les solidarités  territoriales et de la fusionner avec deux autres entités. Avec le phénomène de métropolisation, vous avez des territoires ruraux, interstitiels, qui sont un peu laissés pour compte et, s’il y a une collectivité qui peut aider, de ce point de vue, c’est le Département. J’ai souhaité mettre cela en avant avec cette nouvelle agence qui s’appelle Seine-Maritime  Attractivité, dont j’assure la présidence. Par ailleurs, j’ai voulu y agréger les activités de promotion touristique. La première aberration en arrivant au Département était de voir que la
compétence touristique était traditionnellement rattachée à la culture et au patrimoine, pas au développement économique.

On touche là à une vraie question philosophique parce que le tourisme en Seine-Maritime, c’est tout de même 600 millions d’euros et 15000 salariés : je ne vois pas pourquoi cette filière serait traitée à part. Je l’ai donc amarrée à cette agence. Aujourd’hui, les élus doivent savoir réinventer, mutualiser, simplifier et étudier le retour sur investissement de leurs actions.

Vous dirigez aussi depuis deux ans le Pavillon Richelieu, qui est une agence de développement pour les musées et les monuments historiques. D’où vous vient cet intérêt pour la culture ?

J’ai été élève aux Beaux-Arts et, par ailleurs, dans le cadre de mes activités de marketing et de communication, je m’occupais aussi de mécénat et cela m’a passionné. J’ai voulu passer de l’autre côté du miroir, en montant une petite structure, très modeste, avec une associée. Nous gérons la communication de deux ou trois châteaux dans la Loire et d’une abbaye dans la
Somme. L’été dernier, nous avons organisé une exposition des encres de l’actrice Juliette Binoche, du côté de Vendôme.

Propos recueillis par Michel Clerc
Magazine Entreprendre

 

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